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BELLEGAMBE Jean
Le Bain mystique
Triptyque

Flandre
vers 1510
1510

Huile sur bois
Hauteur en m. 0,81 Largeur en m. 0,58 (panneau central) Hauteur en m. 0,80 Largeur en m. 0,23 (chaque volet)
Peinture

Ancienne appartenance : Commandé par Charles Coguin, abbé depuis 1508, pour l’abbaye d’Anchin ; vers le milieu du 16e siècle, en possession de Jean de Créqui, gouverneur de Montreuil-sur-Mer ; Collection Duceuzel, Oloron-Sainte-Marie ; acquis à la vente Duceuzel, Paris, Hôtel Drouot, 27-28 fév. 1882, n° 1

Exécuté pour Charles Coguin, abbé d’Anchin de 1508 à 1546, ce triptyque est peint sur ses volets extérieurs de deux anges en grisaille portant, l’un les armoiries de l’abbé et sa devise, l’autre les armoiries de l’abbaye. Au 16e siècle, les blasons avaient été recouverts par ceux des propriétaires de l’époque, Jean de Créquiet son épouse. De même, les crosses abbatiales avaient disparu sous des repeints. La face intérieure est une représentation mystique du Saint-Sang, dont une relique existait depuis 1239 à l’abbaye. Le thème du Bain mystique, associé à la purification par le sang du Christ, relève d’une dévotion particulièrement répandue dans le Nord de la France dès la fin du 15e siècle. Le pressoir mystique (torcular christi) est une métaphore de la Crucifixion, le corps du Christ étant assimilé à une grappe de raisin dont on extrait le vin de l’Eucharistie qui régénère et guérit les âmes délivrées du péché. Au centre du triptyque, la croix domine une immense cuve dans laquelle s’écoule le sang du Christ. Au-dessus de la croix, on lit l’inscription : « Torcular calcavi solus...» (Seul, j’ai foulé le pressoir). Plusieurs personnages dévêtus se purifient dans la cuve, aidés par deux des vertus théologales : l’Espérance, coiffée d’un navire, et la Charité, qui porte sur le front un soleil. Parmi ces personnages, on reconnaît les deux Marie : Marie Madeleine qui tient son vase à parfum et Marie l’Egyptienne ses trois pains. Assise sur une marche de la vasque, une femme se décoiffe et s’apprête à se déshabiller : il s’agit d’une représentation exceptionnelle de Marie Madeleine repentante renonçant aux atours de ce monde. Jean Bellegambe s’est sans doute inspiré d’un Mystère de la Passion de Jean Michel, joué à Anvers en 1494, puis à Mons en 1501, ce thème n’existant pas jusqu’alors dans l’iconographie chrétienne. Sur le volet de droite, la Foi coiffée d’un casque, accueille sainte Catherine ; sur le volet de gauche saint Jean qui apparaît dans une loggia désigne un texte de l’Apocalypse. Si l’attribution de ce triptyque à Jean Bellegambe n’a jamais été discutée, sa datation a été l’objet de nombreuses controverses. Deshaines datait l’oeuvre d’avant 1506, arguant de l’absence de crosse sur les volets extérieurs. La découverte des crosses sous des repeints par Gavelle en 1933, permit aux auteurs de situer le triptyque beaucoup plus tard dans la carrière de l’artiste : Genaille la date vers 1525. La comparaison avec des oeuvres datées avec certitude des années 25 : L’Immaculée Conception de Douai, L’Adoration des mages d’Arras, ou encore Le Jugement Dernier de Berlin, permet d’avancer la date du Bain Mystique aux années 1510-1515, soit à la même période que le Polyptyque d’Anchin. L’architecture très sobre ne présente pas encore les développements maniéristes de L’Adoration d’Arras. De même, les figures un peu raides n’ont pas le modelé souple des grisailles de Douai ou encore des nus plus savants de Berlin. La maîtrise du paysage est caractéristique de cette période et se retrouve dans les arrière-plans bleutés du Polyptyque d’Anchin. Françoise Baligand

Lille, Palais des Beaux-Arts
Numéro d'inventaire : P 832